IPv6 en pratique : cohabiter sans douleur
Personne ne « migre » vers IPv6 un vendredi : on cohabite.
Prérequis : cours 3.1.
Pourquoi
Personne ne « migre » vers IPv6 un vendredi : on cohabite. Bien configurée, la cohabitation est invisible ; mal configurée, elle produit les pannes les plus mystérieuses du réseau moderne.
Concepts
- SLAAC (auto-configuration sans état) : le routeur annonce le préfixe, les machines se configurent seules. Zéro serveur, zéro bail — mais pas de DNS distribué par défaut (d'où DHCPv6 ou RDNSS selon les cas).
- Adresses multiples normales : une machine v6 a plusieurs adresses (globale, temporaire anti-tracking, lien-local).
ip addrqui affiche 4 adresses v6, c'est normal, pas une anomalie. - Priorité v6 : les OS préfèrent IPv6 quand le DNS donne les deux (A + AAAA). Conséquence : un v6 cassé = tout cassé, même avec un v4 parfait.
Exemple : auditer sa cohabitation
ip -6 route # route par défaut v6 présente ?
dig AAAA example.com # le DNS annonce-t-il du v6 ?
curl -6 -sv https://example.com -o /dev/null # handshake v6 réel ?
Si la route manque mais que le DNS annonce du AAAA : timeouts. Corriger d'un côté ou de l'autre, jamais laisser le « à moitié ».
Cas réel
Docker sans IPv6 configuré + client qui résout en AAAA : l'app tente le v6, timeout 20 s, puis bascule en v4 — « l'app est lente ». Soit activer le v6 dans Docker, soit retirer le AAAA : trancher, pas subir.
Pièges
- VPN qui ne transporte que du v4 : le client garde son v6 local → fuites (trafic hors tunnel) ou pannes. VPN moderne = les deux piles ou v6 désactivé côté client en connaissance de cause.
pingqui répond mais pascurl -6: la route ICMP n'est pas la route TCP — tester au bon étage.- Privacy extensions : l'adresse change régulièrement (anti-tracking) — ne pas filtrer/whitelister dessus durablement.
À retenir
SLAAC = autoconf sans serveur, adresses multiples = normal, OS préfèrent v6 : le à-moitié est l'ennemi.